Chaque année, une problématique... 2004 - Le réseau REMI

En 2004, première année de mon mandat, je travaille sur le réseau REMI en établissant une relation forte, par de nombreuses rencontres, avec l'Association "Jeunes Errants" à Marseille qui fait un travail remarquable sur la protection des mineurs isolés.
Cette association où dans leurs locaux, je suis mise en face d'une réalité pratiquement inconnue de moi, celle d'enfants et d'adolescents de tous âges venus des pays d'Afrique clandestinement par le biais de passeurs sans foi ni loi, ou confiés à des pseudo-associations par leurs parents qui veulent pour eux une vie meilleure, se retrouvent dans les rues de Marseille, errants, proies de toutes sortes de réseaux. Banditisme, proxénétisme, esclavage moderne...
"Jeunes Errants", avec ses éducateurs, la nuit,  parcourt  les rues de Marseille à la recherche d'enfants qu'elle ravit à leurs bourreaux présents et à venir.

L'Association prend en charge alors toutes démarches administratives pour retrouver les parents, faire en sorte qu'ils puissent rentrer chez eux, ou si ce n'est pas possible, leur trouver des centres d'hébergement en même temps qu'elle essaye de leur faire avoir papiers et peut-être de les scolariser.  C'est un travail de longue haleine, dans une société et une administration hostiles à l'immigration. Mais quelques victoires ne suffisent pas à faire passer les échecs.

En septembre 2004, je représente le Président Michel Vauzelle à Tanger au Maroc lors de la Conférence Euro-méditérranéenne sur les mineurs isolés. Je rencontre des associations marocaines qui oeuvrent dans le domaine de prévention de la délinquance, je visite un centre d'hébergement pour adolescents fugueurs, primo-délinquants et récidivistes et noue des contacts avec une femme médecin gynécologue, qui s'acharne à mettre en place l'information sur la contraception dans un pays où le poids des traditions est encore très lourd.
L'oeuvre de toute une vie...
                                                                             Le Détroit de tous les dangers

Voici le discours que j'y ai prononcé :


Conference euro méditerranéenne

  sur les mineurs isolés


"Mesdames, Messieurs,

 

C'est pour moi un véritable honneur d’être présente parmi vous, ici à TANGER.

 

Ce sont donc des paroles de remerciements que je souhaite en tout premier lieu vous transmettre. Remerciements, bien entendu à nos hôtes,    marocains, pour leur accueil chaleureux et si particulièrement « méditerranéen ».

Remerciements aux organisateurs de Tanger et également aux membres de « l’association jeunes errants » pour leur dévouement et leur disponibilité.

 

Le sujet qui nous réunit ici est un sujet grave et important.

En fait et tout d’abord, c’est le mot « gratitude » qui me vient à l’esprit quand on est face à vous, vous qui êtes des professionnels représentatifs de la prise en charge des mineurs isolés. Gratitude pour ce que vous êtes, pour ce que vous faîtes, pour l’éthique que vous défendez, et que vous mettez en pratique au quotidien. Car, à travers votre action, ce sont toutes vos interrogations, toutes vos hésitations, qui permettront l’émergence des propositions d'actions communes.

 En nous rassemblant ces deux jours, nous savons bien que nos échanges vont poser justement plus de questions qu'ils ne sont susceptibles d'apporter des réponses. Pour autant, ces rencontres régulières sont indispensables à la connaissance et au traitement d’un phénomène qui dépasse nos frontières et qui pose en lui-même toute les grandes questions de ce qu’on nomme aujourd’hui, d’un terme trop réducteur, la mondialisation.

Nous apprenons beaucoup de la réalité de ces jeunes grâce à vous tous : éducateurs, magistrats, policiers et militants associatifs: leurs parcours, leurs caractéristiques si particulières, leurs attentes, les dangers auxquels ils doivent faire face.

Mais j'ai déjà pu mesurer combien vous aspirez à ce que les institutions se mettent en ordre de marche afin que votre travail quotidien puisse se réaliser dans les meilleures conditions. Ces conditions recouvrent des principes telle que la cohérence des interventions, le respect des missions et un soutien constant des Institutions.

On sait bien que votre travail, le travail des  magistrats et des policiers n’a de sens et ne peut être efficace que s'il est relayé par celui des travailleurs sociaux et l'ensemble des éducateurs, et par une  juste logique, la démarche éducative ne peut exister que dans le cadre de lois comprises et respectées.

 

Les mineurs isolés, on en parle de plus en plus, peut être trop souvent au gré des modes médiatiques, et pas assez dans un contexte serein comme celui qui nous rassemble aujourd’hui. Ces enfants, sans famille, sans patrie, sans papiers qui se jouent des frontières et des cadres administratifs ; ces jeunes qui souffrent, parfois envoyés en errance malgré eux, qui tombent dans la spirale de la délinquance ou le piège de ceux qui veulent en abuser. Ils sont nos enfants d’où qu’ils viennent.

Il est donc de notre devoir collectif de nous en préoccuper. Il y va de notre propre honneur, quel que soit notre niveau de responsabilité, je pense, même, sans cynisme aucun, qu’il en va de notre intérêt, car il m’apparaît clairement qu’une société qui ne sait pas rechercher et trouver des solutions pour ses enfants n’a pas d’avenir.

 

Pour autant je ne voudrais pas laisser l'impression que nous ne savons pas que ces jeunes par leur "errance", par leur parcours de survie sont sans poser problème - et parfois des problèmes d’insécurité à nos villes.

Notre responsabilité, une fois qu'ils sont sur notre territoire, est de les prendre en charge et de les accompagner vers le Droit en même temps que de leur assurer leurs droits, y compris quand il est justifié qu'une telle démarche nécessite une sanction. Cette sanction doit être bien comprise et pour ce faire, le temps est indispensable.

 Et c'est particulièrement quand nous en sommes à cette extrémité face à un adolescent que nous nous devons de réaffirmer nos valeurs et nos principes……et plus encore quand il s’agit de responsabilités politiques, nos engagements internationaux.

 

Sur un sujet aussi sensible que celui-ci, à savoir la détresse, le désarroi mais aussi d'une certaine manière le courage de ces enfants, nous ne pouvons que redevenir des adultes humbles, peut être ou sûrement parce qu'ils nous révèlent toutes les grandes questions de l'humanité, qu'ils réinterrogent nos valeurs et nos certitudes. Mais cette humilité ne peut pas, ne doit pas masquer l’inaction et le fatalisme. 

 

Mesdames, Messieurs, nous sommes engagés dans une démarche complexe forte de sens. Il est donc important de prendre date et de mesurer les difficultés qui sont devant nous.

Face à ces difficultés, face à ces problèmes d'une telle acuité, nous nous devons, mes chers amis de réussir la constitution de notre réseau politique, institutionnel et surtout associatif. Notre « REMI ».

 

Vous savez que le Président de la Région Provence Alpes Côte d’Azur, Michel VAUZELLE, tient particulièrement à l’existence du réseau REMI.

Sa constitution ne va de soi à une échelle euro-méditerranéenne; nous-mêmes, avons été ralenti par des contingences politiciennes franco-françaises. En effet, lors de la conférence de lancement du mois de novembre 2002, le Président Michel VAUZELLE ne disposait pas d’une majorité absolue, et l’opposition de notre collectivité assez radicale sur les questions de l’immigration, d’ailleurs fortement influencée dans notre Région par l’extrême droite, nous a empêché d’avancer plus franchement sur cette question. Depuis les citoyens de notre Région, nous ont donné une majorité pour six ans, et il n’y a plus d’obstacle de cet ordre pour avancer à la construction de REMI.

Contre les filières qui les font errer de pays en pays, contre les réseaux qui les exploitent, la réponse est dans le tissage de notre propre toile, la construction de notre propre réseau. Un réseau anti-réseaux pour pérenniser et coordonner notre action en leur faveur.

 

Bien entendu, et fort heureusement un travail essentiel a pu se faire grâce à vous, les associations et les professionnels sensibilisés à l’errance de ces jeunes.

 

Toutes ces initiatives ont progressivement contribué à structurer un véritable dispositif spécialisé. Les Institutions doivent prendre l’engagement de l’inscrire dans la durée avec l’objectif d’une prise en compte commune, collective et permanente du problème des mineurs isolés.

 

Nous devons réussir REMI autant pour l'avenir de nos enfants que pour la cohésion de nos sociétés.

 

Cependant, une fois que nous sommes tombés d'accord sur le principe, sur la nécessité de travailler ensemble, de travailler en réseau, il nous reste à nous entendre sur un certain nombre de modalités.

Ce travail concernant des niveaux de responsabilités différents, des pratiques différentes s’appuyant sur des cultures …voisines mais différentes, est à faire. Je ne doute pas que les objectifs communs que nous poursuivons nous permettrons de surmonter toutes les difficultés. La réalité sera là sans cesse pour nous rappeler nos responsabilités.

 

Ces quelques mots ne peuvent pas être des mots de conclusion puisque nous sommes engagés maintenant, et même liés, à poursuivre ce long et difficile travail.

Permettez moi à nouveau de remercier et de saluer chaleureusement nos amis marocains et de leur renouveler au nom du Président Michel VAUZELLE l’attachement et les liens profonds qui unissent nos deux Régions

 

Mesdames et Messieurs, encore merci pour votre travail. "


Aujourd'hui, le travail de l'association "Jeunes Errants" est au point mort car les conditions financières que demandent une telle implication n'ont pu être remplies.
Mais le réseau REMI continue d'exister. Il est possible qu'à la fin de l'année 2009, le Conseil Régional organise une conférence à Marseille avec tous les partenaires
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