Chaque année, une problématique... 2008-1 - Le SPIP - Draguignan

Si les thématiques que j'ai traitées jusqu'à présent de façon personnelle, quelquefois au grand dam du Responsable de la Mission Sécurité, sont marginales par rapport au contenu de mon secteur, celle de la réinsertion des détenus en fin de peine est tout à fait en adéquation avec le cadre dans lequel nous travaillons compte tenu de la Convention que le Conseil régional, par la voix de son Président Michel Vauzelle, a signée avec le Ministère de la Justice.

 

Je suis interpellée en début d’année par Madame Christine Perez, Directrice du Service d’Insertion et de Probation pénitentiaires de Draguignan sur un projet qui met en avant la volonté de 2 détenus  en fin de peine, de faire acte de solidarité.

En tout premier lieu, je prends date avec C. Perez pour visiter l’établissement pénitentiaire de Draguignan et rencontrer, tant les surveillants de prison, la Direction que les éducateurs et les détenus.

 

J’arrive au CP vers 10h et après avoir passé tous les contrôles de sécurité, présentation de mes papiers d’identité et de ma carte d’élue,  sas, fouille de mon sac, dépôt de mon téléphone portable dans un casier fermé à clé, je suis apte à pénétrer sur le site. Au passage, j’ai insisté pour garder mon sac à main, (mais pas le téléphone portable) car sans celui-ci, qui renferme tous mes trésors, je suis un peu perdue.

 

La visite commence par le quartier des hommes (épouvantable), puis les salles de cours (la salle informatique a été entièrement rééquipée avec du matériel neuf par le Conseil régional), puis par l’étage des salles de soins, infirmerie, cabinet dentaire, cabinet du médecin. Ensuite, mes accompagnateurs me font découvrir les ateliers de formation professionnelle puisque certains détenus se destinent à des CAP et des BEP. (mécanique entre autre).

Au repas, au mess, nous sommes servis par un détenu en formation hôtelière.

Les repas sont préparés par des détenus en formation CAP de cuisine et cela n’a rien à envier aux restaurants de luxe. (dans lesquels je ne vais pas mais on m’a raconté).

 

L’après midi, je rencontre quelques femmes détenues dans leur quartier réservé et nous parlons longuement toutes ensemble.

Le bâtiment des femmes est d’une propreté sans faille, elles sont très attachées à leur hygiène et à celle des locaux. Dans leurs  toutes petites cellules pour 2, elles ont décoré les murs et mis des rideaux à la fenêtre pour tenter de masquer les barreaux. Dans la journée, la circulation à l’intérieur du bâtiment et dans le  terrain attenant est  libre. Elles y accomplissent des travaux de couture, font de la gymnastique avec une coach, enfin, essayent de ne pas se laisser aller. Elles se maquillent, se mettent du vernis sur les ongles et cherchent à avoir un semblant de vie.

Toutes les femmes avec lesquelles j’ai parlé sont détenues pour avoir tué leur compagnon. Femmes battues, humiliées, méprisées, un jour, elles sont passées à l’acte de tuer pour survivre. Accidentellement ou pas, elles ont mis fin à leur calvaire, chacune à des niveaux différents.

Une jeune femme m’a particulièrement touchée. Elle est d’une famille de gens du voyage sédentarisés, dans le Var. Elle est mère d’un petit garçon. Lors d’une dispute avec son compagnon, elle l’a poussé et tué accidentellement. (Cela me rappelle quelqu’un…). Elle là pour 10 ans. C’est la peine à laquelle la Justice l’a condamnée.

Elle est arrivée, il y a déjà quelques années dans le Centre de détention. Elle ne savait pratiquement ni lire et écrire. Elle a appris, travaillé d’arrache-pied et elle a passé son baccalauréat l’an dernier. Je crois qu’elle l’a obtenu.

C’est aussi cela la mission de réinsertion du SPIP.

 

 

Et là, je m’interroge sur la différence des peines infligées aux hommes et aux femmes auteurs des mêmes délits, dans des circonstances quasi – identiques.

Bertrand Cantat, responsable de la mort, dite accidentelle, de Marie Trintignant, n’a été condamné qu’à 8 ans de prison. Et au bout de 4 ans, il est sorti…

 

Ma petite protégée, elle,  est toujours en prison… Et a été condamnée à beaucoup plus… Car 2 ans de plus en prison, c’est 10 ans de vie libre.

De quoi, cela relève-t-il ?

Les hommes qui jugent sont-ils plus compréhensifs et indulgents lorsqu’il s’agit d’un homme ?

S’identifient-ils à ces pauvres types, qui lassés des révoltes de leur femme, finissent par la trucider.

Se disent-ils que cela peut leur arriver aussi ?

Se disent-ils que, quelquefois, les femmes l’ont cherché…

Sont-ils encore construits sur ce modèle archaïque, dépassé depuis des décennies, que la femme est un être inférieur sur lequel ils ont tout pouvoir.

Toutes nos luttes sur l’égalité, ils n’en ont rien intégré ou ils font semblant…

Je ne sais pas…

Mais ce que je sais c’est que tous ces clichés ont la vie dure et que c’est à nous, parents,  d’éduquer nos petits garçons pour qu’ils deviennent des adultes qui ne connaîtront pas d’autre schéma que celui du respect et de la non-violence.


Je suis membre d'une association : "Elues contre les violences faites aux femmes" dont vous trouverez le lien en page d'accueil.

Moi qui suis une vieille (enfin pas trop encore) féministe depuis mon jeune âge, je suis quelquefois scandalisée par les discours que j’entends de la part de certains hommes et cela tout milieux confondus.

On a encore beaucoup de chemin à parcourir.


Les femmes réveillez-vous, la lutte n’est pas terminée.


                                                            
Olympe de Gouges – Féministe du 18ème siècle

 

                           

                                        

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C. Perez me sollicite pour un projet de réinsertion dont 2 détenus sont à l’origine.

Il s’agit pour ces 2 détenus de parcourir 200 km en course à pied le long des sentiers côtiers varois en moins de 24h bien évidemment suivi et accompagné par un véhicule de sécurité.

Les fonds récoltés seront entièrement dévolus à l’Association AFHW pour des enfants hémophiles.

Chaque km parcouru générera 5€ minimum.

« Ce projet généreux a conquis l’ensemble des personnels et de la population pénale du CP. Il s’agit d’une première en région Paca pour l’administration pénitentiaire. » (Extrait du courrier de C. Perez aux Partenaires Institutionnels et  Sponsors).

Cette manifestation, qui se déroule dans le cadre du projet d’exécution de peine, leur a demandé 5 à 6  entraînements hebdomadaires pendant plusieurs années.

 

« Le PEP est la démarche personnelle d’un détenu qui souhaite se mobiliser plus particulièrement autour d’un projet qui s’ouvre sur l’avenir et la société. Il s’agit pour lui de donner un sens à la peine qu’il exécute. L’ensemble des représentants des services pénitentiaires et associés (Direction, SPIP, détention, enseignants, psychologue…) sont impliqués pour les aider à le concrétiser. »

 

Je sais qu’ils ont récolté pour l’association AFHW, 2600 €, y compris avec les dons des autres détenus.

 

J’étais présente au départ de la course au CP de Draguignan et il pleuvait sur Brest, non pardon, sur Draguignan ce jour là … J’ai improvisé une intervention sur la qualité de leur engagement et la noblesse dans le choix de l’association bénéficiaire.

                                                                                                                                                                                        

      Jour du départ de la course- CP de Draguignan

             Intervention de C. Perez          

 

 

Le Conseil Régional leur a attribué une aide de 500 €.

Ils ne nous demandaient pas plus.

 

 

Depuis ce jour, je suis en contact régulier avec C. Perez et je leur ai suggéré de travailler sur un projet de PEP avec les femmes : « Création et réalisation de vêtements avec défilé de leurs créations ».

Ce projet doit voir le jour cette année avec l’aide du Conseil Régional.

Je vous en reparlerai.

 

Je dois également participer à 2 conférences pour les détenus, organisée par le SPIP, au sein du CP, sur la Sécurité routière. J’ai indiqué à C. Perez des noms d’intervenants avec lesquels j’ai déjà été en relation sur ce thème.

Ces conférences devraient avoir lieu au CP en mai-juin 2009.

Il faut savoir qu’en grande majorité, les détenus le sont pour des délits routiers, des actes de pédophilie et en moindre nombre pour des délits financiers, de vols  ou de trafic de drogue.

Ils sont très demandeurs de ce type de conférence. Une des dernières en date, sur l’EAU, avait rempli la salle de théâtre qui sert autant aux célébrations de cultes religieux, aux conférences qu’aux concerts de musique. (Certains chanteurs y sont venus gratuitement).

 

On m’a proposé d’aller visiter le Centre Pénitentiaire de Casabianda, en Corse. C’est parait-il une prison modèle, une ferme à ciel ouvert pour tous les pédophiles et violeurs de France et de Navarre.

Mais je l’avoue, c’est au—dessus de mes forces mentales. Compte-tenu de mes convictions sur la pédophilie et la prévention des maltraitances envers les enfants et les femmes, ce serait totalement en contradiction avec mes combats. Je ne peux prendre le risque d’avoir des réactions épidermiques face à eux.

Pour moi, il n’y a, en ce domaine, aucune prévention de la récidive. Je laisse alors à d’autres le soin d’aller à leur rencontre…

 

                                                     


                                                       Centre pénitentiaire de Draguignan