Chaque année - une problématique... 2007 - la Communauté juive Cannes - Grasse

Association Cultuelle Israélite de Cannes

ACI

 

                                                      Pour ne jamais oublier...

que mon père l'a portée sous la contrainte et ma mère par amour.                           

En décembre 2007, je représente le Président Michel Vauzelle, invité d’honneur, à la soirée de gala organisée par l’ACI, Association cultuelle Israélite,  (Consistoire de Cannes et région), au Palm Beach, organisée au profit de l’achat et de l’agrandissement du Centre communautaire et Culturel « Moos-Khan ».

Le Conseil régional a octroyé une petite subvention pour le développement du centre culturel et c’est à ce titre que je représente le Président.

 

A titre d’anecdote, le Président du Centre communautaire est confronté à un vrai casse-tête. Comment installer les invités politiques à la table d’honneur sachant que les inimitiés sont fortes entre les élus de droite du territoire. Seule élue de Gauche, je vais donc me retrouver en tampon entre B. Brochand et Henri Leroy (Maire de Mandelieu), face à Michèle Tabarot, encadrée par son frère Philippe et la représentante de C. Estrosi au Conseil Général.

C’est le plus difficile pour moi, entourée de personnalités hostiles à mes valeurs, je fais cependant bonne figure, parce que je suis bien élevée et que la politique, c’est aussi savoir faire le gros dos et rester courtois. Mais mes voisins de table qui ne s’adressent qu’à moi, sont, je dois le reconnaître, agréables. Henri Leroy me fait la causette toute la soirée,
B. Brochand s’intéresse surtout à son nouveau joujou, un Iphone, cadeau de ses services et ma parle longuement de mon Président M. Vauzelle qu’il a connu il y a 30 ans.

M. Tabarot qui ne regarde ni B. Brochand, ni H. Leroy,  a quelques mots sympathiques envers moi sur les valeurs républicaines.

Pendant le repas, nous sommes tous appelés sur scène pour faire notre discours et représentant le Président de la Région, selon le Protocole, je suis appelée en dernier.

La salle est composée des membres de la communauté juive locale, sympathisant de gauche et de droite, et des représentants des cultes catholique et musulman.

 

Bien évidemment, mon histoire personnelle, fait que j’ai des relations privilégiées avec la communauté juive de Cannes et ses environs, une partie de ma famille étant très engagée dans la vie du Centre communautaire.

Moi-même, n’étant ni religieuse, ni pratiquante de rites et de cultes israélites, - je suis agnostique et mariée avec un athée pourtant de famille orthodoxe puisque d’origine slave -, née d’un couple mixte, (puisque ma mère est catholique et a été élevée dans les traditions de cette religion), née de parents qui ont bravé leurs propres cultures en 1942 (que n’ont –t-ils eu pas à affronter de la part de leurs parents et de la société de l’époque surtout vivant en union libre pendant 8 ans),  qui ont conservé leur religion respective sans être des pratiquants intégristes,  indépendamment l’un de l’autre dans la plus grande tolérance et dans le plus grand respect, je n’ai jamais voulu faire ce choix. Et mes engagements politiques m’ont dirigée vers un autre chemin.

Mon père, avec sa foi à toute épreuve, avait une façon originale de la pratiquer.

Bien que juif, il pouvait aller se recueillir dans n’importe quel lieu de culte, église catholique, temple protestant ou synagogue ou même dans la nature. Pour lui, tout ce que Dieu et les hommes qui voulaient le prier avaient créé était sacré.

Mais j’ai un respect profond pour ceux qui ont la foi, qui la vivent en toute plénitude et en toute sincérité. Je n’ai jamais porté de jugements dévalorisants sur ces croyants qui dans la reconnaissance des autres, pratiquent leur religion sans faire de prosélytisme surtout si cela leur donne le sens de la solidarité.

 

J’ai été élevée dans ces valeurs de tolérance, de respect des autres et d’humanisme.

C’est donc avec une certaine fierté que ce soir là, je prononce un discours, reprenant des bribes de celui préparé mais surtout exprimant mes propres convictions et que j’ai rédigé. J’ai beaucoup de mal à prononcer des mots et des phrases qui ne sont pas de moi.

 

Le voici :

 

« Monsieur le Député Maire, Mesdames, Messieurs les Elus,
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

 

Je vous prie tout d’abord de bien vouloir excuser Monsieur Michel Vauzelle, Président du Conseil Régional Provence Alpes Côte d’Azur, que j’ai l’honneur de représenter ce soir.

 

La présidence d’honneur de cette soirée de gala que vous avez bien voulu lui conférer est une reconnaissance dont je souhaite vous remercier.

 

L’ensemble des activités organisées par votre association, que ce soit dans le domaine culturel,  familial et plus généralement citoyen, conduit à un renforcement du lien social et à travers lui, à un renforcement de la solidarité.

Et je souligne ici l’importance de cette vie associative qui permet bien souvent de donner ou de réinstaurer de la cohérence à un tissu social malmené.

 

Les personnes victimes d’exclusions de toute sorte, retrouvent alors leur dignité et le réconfort qui ont disparu de leur vie.

 

Je tiens ici à saluer toutes les actions que vous menez en ce sens, celles passées, celles présentes et celles à venir.

 

Aujourd’hui l’ensemble des institutions publiques, des représentants des cultes et des associations laïques et religieuses    est réuni dans le cadre du projet d’extension du Centre communautaire et culturel de Cannes.

Et, je vous rejoins dans ce combat de proximité qui va bien  au-delà du sentiment d’appartenance à une communauté même si les liens qui nous unissent relèvent d’un passé commun et d’une histoire faite d’humiliations, de tortures, de mort  et de diasporas successives.

 

Cette solidarité est au cœur de vos préoccupations et c’est, pour partie en cela, que l’institution régionale s’appuie sur les mêmes fondamentaux que  l’association culturelle israëlite de Cannes puisque cette solidarité est elle-même au centre de nos politiques volontaristes.

 

Cette dignité retrouvée doit s’exprimer par l’accès de tous à la culture,  au savoir,  à l’histoire et à la mémoire de ce qui nous lie et que les générations futures ne doivent jamais oublier.

 

Nous avons tous collectivement le devoir  de faire émerger plus de fraternité et de justice sociale.

 

Pour nous, élus, cela signifie que nos choix politiques s’orientent vers le soutien de toutes les actions et de tous les  projets qui participent à la construction d’une société solidaire.

Parfois, quand la société est défaillante, l’action publique doit alors corriger les inégalités et intervenir pour remplir son rôle protecteur.

 

Je souhaite que ce dîner de gala réponde pleinement aux attentes de ses organisateurs et de son parrain, Monsieur Richard BERRY.

 

Pour sa part la Région Provence Alpes Côte d’Azur est heureuse de participer à l’évènement et d’avoir apporté sa contribution.

 

Je souhaite que 2008 puisse être l’année d’un nouvel élan et j’adresse à tous ceux qui s’engagent et en particulier  à tous les bénévoles de l’Association, mes remerciements pour leur dévouement.

 

Enfin, et j’en finirai là, si vous me le permettez, à titre  personnel, c’est avec une profonde émotion que je suis ici ce soir, parce que j’honore aussi,  à cet instant,  la mémoire de mon père, né juif traditionaliste et mort juif libertaire, qui a participé au combat sans merci de la Résistance et qui a ainsi servi à libérer la France du cancer de la dictature nazie.

Oui, ce soir, il aurait été fier de sa fille unique.

 

J’honore aussi nos millions de morts, exterminés, parce qu’ils avaient commis aux yeux du régime hitlérien, la plus grande faute qui soit au monde, celle d’être nés  Rosenstein, Blum, Lévy, Abramovich,  Chouraqui ou  Cohen et parce qu’ils étaient coupables de leurs origines…

 

Alors, oui, que l’humanité trouve enfin la paix et que plus jamais nous ne soyons les témoins de la barbarie.

 

Merci à toutes et à tous et plus particulièrement à Gérard BAVARD,

Gérard, «  Que la force soit avec toi ».

 

Lorsque je commence à parler, les invités sont en train de manger, il y a un brouhaha dans la salle et je ne sais pas si je vais être écoutée. Or, dès les premières phrases que je prononce, les gens se taisent, on n’entend plus un souffle. Je finis mon discours sous un tonnerre d’applaudissements et même les félicitations des tous les élus de droite.

(A propos, je n'ai pas trouvé Richard Berry très sympathique. Etait-il  très réservé ou alors très méprisant ? Je n'ai pas la réponse).
Et le message du Conseil régional a été entendu et écouté. Le message sur les  valeurs que nous défendons a été approuvé. C’est pour moi un pas de plus vers la reconnaissance de nos actions.

                                


Le Conseil régional entretient d’excellentes relations avec la Communauté israélite de la Région par la voix de Michel Vauzelle. Il y a des accords de coopération avec l’état d’Israel où notre Président s’est rendu plusieurs fois accompagné par des élus régionaux. (Je n’en étais pas).

 

Ce qui ne nous a pas empêchés à la dernière plènière, de voter une aide de soutien aux associations humanitaires pour Gaza.

 

A la suite de cette soirée, j’ai reçu un courrier de remerciements du Président de l’ACI Gérard Bavard qui dit ceci :
" Permettez moi de vous remercier pour votre présence à nos côtés et pour le contenu chaleureux de votre discours lors de la soirée de gala organisée au profit de l'achat et de l'agrandissement du Centre Communautaire et Culturel "Moos-Kahn".

                          

 

Comme quoi, seule la sincérité peut convaincre…

 

 Ne jamais oublier ...

                                         dran-y.jpg 

 

Ordonnance de contrôle des juifs pendant l'Occupation et le camp de Drançy en Seine St Denis.



    
    MEMORIAL DE YAD VASHEM